Publié par La rédaction HW dans Actualités le 21/09/2026 à 17:36
Il y a des rendez-vous que j’aime retrouver chaque année.
Le Salon Dugas Club Expert en fait clairement partie.
Cette année encore, j’ai eu le plaisir d’être invité au salon, organisé les 13 et 14 septembre 2026 au Carreau du Temple, à Paris. Et cette édition avait une saveur un peu particulière puisqu’il s’agissait de la 20e édition du Salon Dugas.
Plus de 100 marques, plus de 400 références annoncées, des producteurs, des maîtres de chai, des nouveautés... Autant vous dire qu’il est impossible de tout voir et, surtout, de tout goûter.
De mon côté, je préfère prendre mon temps.
Discuter, goûter quelques références, revenir voir certaines maisons que je connais depuis longtemps et, parfois, redécouvrir complètement une marque que j’avais un peu laissée de côté.
Et cette année, j’ai eu quelques surprises.
Avant même de parler de spiritueux, difficile de ne pas dire quelques mots sur le Carreau du Temple.
Cette immense halle avec sa structure métallique et ses grandes verrières donne immédiatement du cachet au salon. Ajoutez à cela le quartier du Haut-Marais et ses rues animées, et vous avez déjà une excellente raison de venir avant même d’avoir goûté la première goutte de rhum.
Bon, maintenant, entrons dans le salon.
Le rhum Manutea Vanilla Tahitensis, une rencontre gourmande entre le rhum de Tahiti et la vanille Tahitensis.
Premier arrêt : Manutea.
Et ici, le voyage commence dès l’arrivée sur le stand.
« Ia ora na ! »
Le bonjour polynésien donne immédiatement le ton.
Ajoutez derrière le stand une magnifique photo de Moorea et, pendant quelques instants, on oublierait presque que l’on se trouve au cœur de Paris.
J’ai pu prendre le temps de discuter avec les personnes présentes sur le stand et cela m’a surtout rappelé tout le travail réalisé là-bas, littéralement à l’autre bout de la planète, pour produire ces rhums.
Car l’histoire de Manutea mérite que l’on s’y attarde.
Manutea Tahiti voit le jour en 1983, avec à l’origine la production d’eaux-de-vie d’ananas, de gingembre et d’orange.
Le rhum viendra plus tard.
Aujourd’hui, Manutea travaille notamment avec la canne O’Tahiti, une variété emblématique de Polynésie. La canne est récoltée à la main, broyée puis fermentée avant que le vesou ne rejoigne Moorea et la distillerie.
Et il y a un détail que j’aime particulièrement dans cette histoire.
Manutea élabore ses rhums à partir de pur jus de canne, selon une méthode que nous associons immédiatement au rhum agricole.
Sauf que réglementairement, ils ne peuvent pas encore utiliser librement cette mention.
En Europe, le terme « agricole » associé au rhum est encadré et réservé à certaines indications géographiques. Une situation un peu frustrante lorsque l’on voit le travail réalisé sur place et la volonté de défendre un véritable terroir polynésien.
Mais finalement, peu importe ce qui est écrit sur l’étiquette.
Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il y a dans la bouteille.
Et aujourd’hui, je trouve que Manutea possède une gamme particulièrement cohérente, avec une vraie identité et surtout quelque chose à raconter.
Quand on pense à la distance, au travail nécessaire sur place, à la culture de la canne, à son transport entre les îles et à la distillation à Moorea, on regarde forcément ces bouteilles un peu différemment.
Une belle façon de commencer le salon.
Une partie de la gamme des rhums Dos Maderas présentée au Salon Dugas Club Expert 2026.
Deuxième arrêt : Dos Maderas.
Voilà une maison que je connais depuis longtemps.
Et pourtant, je dois l’avouer : ces dernières années, je l’avais un peu boudée.
Pas forcément volontairement d’ailleurs.
Quand on travaille dans les spiritueux, on voit passer énormément de nouveautés. On découvre de nouvelles distilleries, de nouvelles origines, de nouveaux embouteilleurs... et certaines marques que l’on connaît depuis longtemps finissent parfois par sortir doucement de notre radar.
Cette année, j’ai donc décidé de m’arrêter chez Dos Maderas et de reprendre le temps de goûter.
Et franchement...
Je m’en veux un peu de les avoir boudés ces dernières années.
Il faut dire que le principe même de Dos Maderas est assez fascinant.
Les rhums historiques de la maison commencent notamment leur vieillissement sous le climat tropical de la Barbade et du Guyana.
Mais leur voyage ne s’arrête pas là.
Après plusieurs années sous les tropiques, les rhums traversent l’Atlantique pour rejoindre Jerez, en Andalousie, où se trouvent les Bodegas Williams & Humbert.
Ils vont alors poursuivre leur vieillissement dans d’anciens fûts de Xérès.
Palo Cortado, Pedro Ximénez, système de criaderas et solera... Dos Maderas applique au rhum une partie du savoir-faire historique de Jerez.
Deux régions du monde.
Deux climats.
Deux cultures.
Le nom Dos Maderas, « deux bois », prend alors tout son sens.
Cette année, j’ai notamment pu découvrir Dos Maderas Origen Thailand.
Et là encore, ils sont allés chercher quelque chose d’assez inattendu.
Cette fois, direction la Thaïlande.
Le rhum passe 12 années sous climat tropical en Thaïlande, avant de rejoindre Jerez pour une finition dans des fûts ayant contenu de l’Oloroso. Et pas n’importe quels fûts : la maison parle de fûts âgés de plus de 80 ans.
Sur le papier, c’est déjà intéressant.
Mais c’est surtout dans le verre que Dos Maderas m’a rappelé pourquoi cette maison mérite que l’on s’y intéresse.
Comme quoi, les salons servent aussi à cela.
Revenir vers une marque que l’on pensait connaître.
Et parfois se demander pourquoi on l’avait laissée de côté.
Le trio de La Maison du Rhum réuni sur un superbe présentoir pour découvrir les trois grands styles de rhum : français, espagnol et anglais.
Autre passage incontournable : La Maison du Rhum.
Bon, ici, tout le monde le sait, nous sommes à la maison.
La Maison du Rhum est une marque créée par Dugas en 2017.
Alors forcément, dans un salon organisé par Dugas, difficile de passer à côté.
Mais au-delà de cela, il faut reconnaître quelque chose : les produits sont franchement bien travaillés.
Et surtout, je trouve qu’ils sont très bien pensés.
Dans le monde des spiritueux, nous avons parfois tendance à vouloir toujours chercher plus compliqué.
Une micro-distillerie inconnue.
Un single cask introuvable.
Un brut de fût à 64,7 %.
Une bouteille produite à 312 exemplaires que personne ne connaît et dont il faut expliquer l’histoire pendant vingt minutes avant de pouvoir la boire.
J’adore ça aussi.
Mais parfois, ça fait du bien de revenir vers quelque chose de plus simple.
Et quand je dis simple, ce n’est absolument pas péjoratif.
La Maison du Rhum propose justement des profils que je qualifierais volontiers de consensuels, mais excellents.
Des rhums que l’on peut sortir après un repas, poser au milieu de la table et partager sans se demander si la personne en face de nous possède quinze ans d’expérience dans la dégustation de spiritueux.
Et ça aussi, c’est important.
Parce qu’un bon rhum n’a pas forcément besoin d’être compliqué pour être intéressant.
Il peut simplement être bon.
Et puis, soyons sérieux deux minutes...
Vous avez vu les bouteilles ?
Elles sont magnifiques.
Entre les illustrations, les couleurs et le travail réalisé sur les étiquettes, on pourrait facilement réserver une étagère entière de son salon uniquement pour collectionner les bouteilles de La Maison du Rhum.
Et je suis à peu près certain que certains l’ont déjà fait.
Difficile de passer à côté : Don Papa Baroko, MassKara et l’Original réunis dans une mise en scène qui attire immédiatement le regard.
Bon.
Parlons maintenant de Don Papa.
Et je vous vois tous venir.
« Don Papa, c’est vraiment du rhum ? »
Voilà, c’est dit.
Après les polémiques autour du sucre et de la réglementation européenne, Don Papa est presque devenu le genre de bouteille que l’on aime bien critiquer pour montrer que l’on s’y connaît en rhum.
Pendant quelque temps, on avait presque l’impression qu’il fallait cacher la dernière bouteille de Don Papa au fond du placard avant que les copains amateurs de rhum arrivent à la maison.
Personne ne devait la voir.
Surtout personne.
Sauf que depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.
Et je trouve justement intéressant de regarder ce que fait la marque aujourd’hui plutôt que de rester bloqué sur ce qu’elle faisait hier.
Soyons clairs : Don Papa n’a pas décidé du jour au lendemain de devenir un rhum sec et austère.
Ce n’est pas son ADN.
La marque aime les profils ronds, gourmands, accessibles, avec cette identité très reconnaissable qui a largement participé à son succès.
Et elle ne cherche pas vraiment à le cacher.
Mais le contexte a changé.
Depuis l’entrée en application de la réglementation européenne actuelle, un spiritueux commercialisé sous la dénomination « rhum » dans l’Union européenne ne peut notamment pas dépasser 20 grammes de produits édulcorants par litre, exprimés en sucre inverti.
Don Papa a donc dû faire évoluer certaines de ses références et sa manière de présenter ses produits sur le marché européen.
Et c’est précisément ce que j’ai trouvé intéressant en revenant sur leur stand.
J’ai le sentiment que Don Papa assume aujourd’hui beaucoup mieux son identité.
Ils aiment la gourmandise ?
Oui.
Ils utilisent le sucre dans les limites autorisées pour les références commercialisées comme rhum ?
Ils ne semblent plus vouloir esquiver le sujet.
Et quelque part, je trouve cela plutôt sain.
Parce qu’au fond, le problème n’a jamais été d’aimer ou non un rhum gourmand.
Le problème, c’est de savoir ce que l’on boit.
Et sur ce point, j’ai trouvé la démarche actuelle beaucoup plus intéressante.
Surtout, au-delà des débats, je me suis concentré sur ce qu’il y avait dans mon verre.
Et oui : Don Papa produit aujourd’hui des rhums que j’ai pris plaisir à déguster.
Ils restent gourmands, ils restent immédiatement reconnaissables, ils ne vont probablement pas convertir celui qui ne jure que par les rhums agricoles bruts de colonne ou les jamaïcains chargés en esters.
Mais est-ce vraiment le but ?
Je ne pense pas.
Ce que j’ai surtout apprécié, c’est cette impression d’une marque qui semble avoir entendu les critiques, qui connaît parfaitement son passé et qui avance désormais sans chercher à devenir quelque chose qu’elle n’est pas.
Et rien que pour ça...
Don Papa est remonté comme une flèche dans mon cœur.
Comme quoi, là encore, il ne faut jamais rester définitivement sur une vieille impression.
En repartant du Carreau du Temple, je me suis rendu compte que mes meilleurs moments de cette édition n’étaient finalement pas forcément les dégustations les plus spectaculaires.
Ce sont les discussions.
Les rencontres.
Et surtout les redécouvertes.
Manutea m’a fait voyager jusqu’à Moorea et m’a rappelé tout le travail nécessaire pour produire du rhum à l’autre bout du monde.
Dos Maderas m’a donné envie de revenir vers une maison que j’avais injustement un peu délaissée.
La Maison du Rhum m’a rappelé qu’un spiritueux n’a pas besoin d’être compliqué pour être excellent et surtout agréable à partager.
Et Don Papa m’a montré qu’une marque peut aussi évoluer, entendre les critiques et revenir quelques années plus tard avec quelque chose de différent à raconter.
C’est exactement pour cela que je continue à aller dans les salons.
On arrive avec ses habitudes, ses certitudes et parfois même quelques préjugés.
Et on repart avec de nouvelles bouteilles en tête.
Et je ne vais pas avoir beaucoup de temps pour me remettre de cette édition.
Parce que dans deux semaines, je serai au Whisky Live Paris 2026.
Cette fois, évidemment, le whisky prendra une place beaucoup plus importante.
Enfin...
C’est ce que je me dis avant chaque Whisky Live.
Parce que je me connais : il suffira probablement qu’un stand de rhum attire mon attention pour que mon programme parte complètement en fumée.
Rendez-vous donc très bientôt pour la suite.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
Poster un commentaire